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Les "points-chauds" Les articles à discuter
CONNAISSANCE ET LA SOCIO-HISTOIRE DE CE QU'ON APPELLE RELIGION Le besoin de connaissance L'attention des historiens des religions se borne aujourd'hui grosso modo qu'à deux sujets: l'un, celui des religions qui, en Occident, sont ou bien à la mode ou bien d'intérêt politique; l'autre, celui des religions dites primitives. On ne pense guère à jeter quelques lumières sur l'évolution socio-individuelle, psychique et épistémologique entre les moments de ces deux pôles.On s'occupe peu du besoin de recherches épistémologiques, on ne fait pas des ‘knowledge-audits' à pouvoir mieux comprendre et éclaircir encore les relations et liens fondamentaux notre les multiples expressions de l'homme, spécialement en ce qui concerne les phénomènes religieux. Et il manque de coopération interdisciplinaire. Ceux qui se consacrent à l'étude de l'histoire des religions et celle des cultures, considèrent presque totalement leur sujet exclusivement à partir de leur propre discipline et le regardent comme leur domaine privé, entouré‚ d'une haute clôture. L'un s'imagine que l'homme se distingue de l'animal par son sentiment religieux, l'autre maintient que c'est en raison de l'interdit de l'inceste, et tous les deux ils misent sur le phénomène de la culture pour fonder l'homme. Ils se disputent entre-eux l'importance et la supériorité de leur discipline avec toute la vigueur des connaissances dont ils disposent: l'un juge que la religiosité est la mère de la culture, l'autre prétend que le culturel est le père de la religion, tandis que, en réalité, il semble bien qu'il s'agit d'une synchronie évoluant simultanément et parallèlement. On refuse de voir que religion et culture ne peuvent être isolées l'une de l'autre et d'être séparées de l'histoire des relations et liens qu'entretient l'homme avec lui-même et avec l'autre. Le «glissement» de la religion et de la culture En effet, des processus de transformation comme le sont religion, culture et épistémologie avec leurs transitions graduelles d'une manière à penser fondamentalement vers une autre, d'une façon de vivre en commun vers une autre, d'une religion vers une autre, etc., sont évidemment des évènements qui concernent simultanément et l'individu et sa société (1). Ces glissements ne sont pas imputables à une seule fonction à la fois (soit religieuse, soit culturelle, soit économique, soit n'importe laquelle). Il s'agit toujours d'un complexe compliqué de facteurs réunis qui s'expriment dans le cadre de la lutte incessante des individus et des groupes sociaux, divisées entre eux ou contre eux par «l'ardeur de l'enrichissement», la tension centrifuge la plus forte que connaît l'homme (2). D'où la nécessité d'une approche multidisciplinaire du sujet si l’on veut le définir.
Religion et culture comme armes L'homme étant un être non-achevé, tout ce qui émane de lui ne l'est non plus. Cela amène à des conflits individuels et sociaux qui, tout comme la situation d'interdépendance dans laquelle l'homme est contraint à vivre, font partie des éléments intégrants de sa vie en commun. Sous ces conditions,religion et idéologie sont devenues des armes redoutables d'unification et de soumission, sans que cela devait être eur unique fonction. Toutefois, il n'est pas vrai que, comme le sophiste Critias (-450/-404) le prône, que la religion serait consciemment une tromperie, délibérément inventée par les dirigeants dans le but exclusif de se procurer un moyen facile de domination sociale. On doit juger cet énoncé complètement dans le contexte de la tradition grèco-athéiste qui déclare que l'avènement des dieux et de la religion découle en première instance de la nécessité politique de la sanction surnaturelle des récalcitrants qui ne sont pas directement contrôlables par les autorités. Toute autre chose encore est la théorie, apparaissant en Europe au cours de la Renaissance et arrivant à son apogée dans le Marxisme, de l'exploitation des masses par la classe politicienne et capitaliste, stimulant l'attachement et le réflexe d'obéissance de ce qu'on appelle religion ce inculqués … ces masses par la religion ou le culte déjà ____________________ 1): Un bel exemple d'un tel glissement est la transition des religions des rites et des sacrifices aux religions des croyanceset des dogmes à la fin de l'Antiquité occidentale.(2): Déjà le philosophe néerlandais du 17e siècle, Pierre de Balen (Petrus van Balen), reconnaissait un ‘désir inné à chercher notre propre profit’, qui, accompagné de l'idée que nous soyons libre dans nos actions, fait surgir chez nous la conviction que rechercher sans restriction notre profit à nous est notre causa finis..
existant, dans le but de mieux pouvoir, par une justification religieuse et morale, les séduire … une coopération volontaire au système d'exploitation. Plutôt il s'est arrivé que les classes dirigeantes se sont très tôt déjà aperçues qu'on pouvait se servir sans scrupules des possibilités et des avantages de la religion et du culte comme outils de domination, mais elles n'ont certainement pas inventé spécifiquement la religion pour cela. Il convient ici à bien distinguer entre religion et idéologie. L'idéologie, en dernière analyse, est le mécanisme par lequel des problèmes bien réels (acquisition et maintien de la domination sociale, par exemple) sont transformés (méta-phorisés) en problèmes dont la résolution préalable (par exemple, celle du droit à la domination et à l'exploitation) est acquise et hors question. Elle donne lieu à une médiation réductrice, sorte de ré-interprétation des problèmes, des référents (ce qui est en question), en fonction de réponses antérieures. D'où sa structure logique (1). Elle doit donc convaincre par l'argumentation. Par contre, la religion est la conséquence d'un sentiment de base fondateur inné (Stimmung) de l'être-là de l'homme. D'où sa structure illogique. Elle doit donc convaincre par la séduction, par les qualités d'attraction de son étant-posé-devant pure. Ce que ne rend pas impossible soit que l'une entre en service de l'autre et vice versa, si elles sont dirigées par une main forte, même si, de temps en temps, elles entrent en conflit quand l'un ou l'autre intérêt l'exige. La problématique de l'histoire anthropologique de la religion Celui qui veut étudier la problématique de l'histoire anthropologique de la religion et des cultes se trouve immédiatement devant une montagne de difficultés complexes et compliquées s'il veut en déduire une définition universellement valable du phénomène religieux (ce qui est le but de cette étude). Premièrement, il n'est pas probable que la genèse et le développement initial d'une religion ou d'un culte soient un oeuvre rationnelle, produite à un moment historiquement ___________________ (1): Cfr. Michel Meyer: "Aristote - Rhétorique", Introduction, Paris, 1991. traçable. L'apparition de phénomènes religieux concrets, résultats concluants de l'expression du sentiment primaire(Stimmung) humain, qu'on appelle religiosité, ne peut finallement qu'être approchée comme aspect et facteur de la contingence générale de l'évolution historique de l'humanité. Ce déploiement est tout aussi peu le résultat d'une intention consciente et volontaire qu'elle l'est la conséquence d'une apparition accidentelle de structures désordonnées, pas exposées à l'action réciproque directe de cause et effet. Deuxièmement, des plus anciens témoignages de l'existence d'un culte de morts, laissant supposer la présence d'une religion, on ne peut déduire presque rien de certain. Les théories relatives à ces trouvailles consistent, hélas, en leurs meilleurs parties en pures conjectures. En tous cas, rien ne laisse entendre que la religion serait l'effet d'un travail rationnel et systématique, fait à un certain moment, visant intentionnellement un but social ou politique, et pour cela muni d'une mythologie et/ou d'une théologie consciemment inventée (1). Au contraire, ce que nous, en Occident, appellent religion s'avère au commencement se manifester jusque dans les moindres détails de la vie quotidienne: tout y était régie par le religieux. Il n'existait pas de dichotomie entre le sacré et le profane. D'ailleurs, à tous moments le sacré peut devenir le profane, et le profane le sacré (2). Cela est si vrai que, en dehors des langues de l'Occident post-classique, il n'existe pas de mots pour désigner ce que nous sommes habitués à appeler 'religion'. Il semble bien que la notion et le terme «religion» soient des inventions chrétiennes, qui sont maintenant, par convention et consentement, universellement utilisés. Dans la vie sociale la religion subi l'impacte de l'interaction et du dialectique de deux dynamismes. L'un, l'influence mutuelle des activités humaines fondatrices de projeter, d'agir et de communiqueré qui créent constamment de nouvelles relations et changements de structures exogènes. L'individu et la collectivité doivent s'en adapter, mais personne ne les a intentionnellement supputé ou crée, et ne peut prévoir ou calculer d'avance les conséquences et les contingences éloignées ou indirectes. L'autre fait que, dans la mesure que le degré de l'interdépendance de l'individu et de sa de ce qu'on appelle religion___________________ (1): Cfr. Norbert Elias: ‘Über den Prozess der Zivilisation’, part II, 1969. (2): Ce qui m'a amener a déclarer le religieux (la religiosité) un sentiment inné de base (Stimmung) humain
société augmente, accroît aussi l'intervention d'un ordreendogŠne spécifique, qui cause des changements dans lastructure de la personnalité et dans son continu, jusqu'au moment que ces changements persuadent, dominent et finalement forcent et dirigent vers un autre homme et une autre société. Cet ordre interactive et son dialectique dirige aveuglement, sans qu'on peut parler de "lois" et sans aucune téléologie, donc pour ainsi dire: "sui jure", les différentes dimensions de la réalité humaine. A cette réalité l'homme reste toujours lié, n'en peut jamais échapper, et elle lui limite le champ vital, y compris son horizon épistémologique, dans lequel il peut et est obligé à chercher les ré ponses à ses questions et problèmes existentiels. L'inadéquation de l'épistémologie aristotélicienne Les besoins épistémologiques de la philosophie et des sciences contemporaines font incontestablement sentir que l'habitus, qui est toujours le notre, de l'univers mental et de ses moyens conceptuels de l'épistémologie aristotélicienne, qui date au moins du 4e siècle a.J.C., n'est plus en mesure à décrire adéquatement notre réalité. Il est vrai que tout le long de ces vingt-cinq siècles l'erreur fondamentale de cette épistémologie, l'erreur grecque de l'exclusion de la troisième possibilité, du à… l'imagination bornée de Parmenides, n'a pas trop gêné (pour des raisons sur lesquelles, malheureusement, nous ne pouvons pas disserter ici). On ne s'apercevait pas que l'axiome de l'’estis’ conduisait des concepts d'évènements et d'états exclusivement séquentiels, excluant tout parallelisme. L'épistémologie aristotélicienne est construite autour les relations de l'avant/après et de l'au-dessus/en-dessous. Même les qualités et les prédicats devaient être rangées comme tel, jamais quelque chose peut y se passer simultanément ou au même niveau. Une chose à la fois chaude et froide, longue et courte, bonne et mauvaise y est impossible à concevoir. Ce système se prête très bien à la description d'un monde stable, passif, au mouvement artésien du déplacement dans l'espace. Il l'est beaucoup moins du moment qu'il s'agit d'un monde dynamique, actif, où le mouvement est une modification de relations. Au présent, la Weltanschauung n'a plus à faire à des catégories et des éléments unidimensionnels, mais à des ‘champs’ multi-relationels (dont celui que nous appelons 'religion' en est un) qui se reproduisent en se transformant, et se transforment en se reproduisant. Ce que veut dire que ces 'champs' se modifient constamment, se trouvent continuellement dans un état d'’agon’ héracliticien. Ils ne sont pas des collections ou des accumulations de propriétés stables, mais font partie d'un système coulant de forces opposées l'une à l'autre, s'entretenant mutuellement, se manifestant dans le temps et l'espace aussi bien simultanément que l'un après l'autre. Sans répit ce champ réaffirme et réarrange ses puissances et ses relations. Ce qui nous intéresse en ce chapitre est précisément la définition d'un pareil 'champ': celui de ce qu'on appelle «la religion». Vers une nouvelle logique L'aventure intellectuelle du religieux n'est ni ‘raisonnable’, ni ‘rationnel’, ni ‘irrationnel’. Elle trouve son origine et son histoire dans la dialectique intrinsèque et dans le dynamisme du jeu des interdépendances relatives de faits et de situations (et celles-ci ne sont pas raisonnables, rationnelles ou irrationnelles non plus), qui créent les chances et les possibilités chez l'homme d'une intervention consciente. Toutefois, le prédicat ‘conscient’ ne permet pas à conclure qu'il s'agisse alors d'un projet calculé par une téléologie, savant ce qu'il veut. Ainsi, par exemple, le processus de l'organisation et de la spécialisation du travail, estimé d'être le facteur essentiel à la naissance du phénomène de la culture, n'est-il pas exclusivement responsable du surplus de temps libre, admettant, selon Aristote, la philosophie, mais il l'est également aussi pour le surplus de moyens de subsistance et d'accumulation de richesses permettant l'éclosion de classes sociales matériellement non-productives (comme un clergé ou une armée professionnelle). Une telle situation favorise des changements spécifiques dans le modèle de la vie en commun et ses habitus, en l'orientant vers le développement d'un 'Gestalt' culturel caractérisé par la domination par une religion et un culte. Ainsi il se fait qu'une diversité de fonctions et d'articulations sociales, teintes par la religion et le culte, s'établit. Ils entrent en compétition entre eux pour la possession des richesses et des moyens de survie disponibles. A son tour ce développement oblige l'homme d'entrer dans un continuel processus d'apprentissage et d'invention de savoir et de connaissance, si bien individuellement que collectivement, consciemment qu'inconsciemment; processus épistémologique qui est la principale puissance d'évolution des sociétés et de leurs individus. Pour pouvoir fonctionner optimal un pareil système doit être parvenu à une certaine ampleur, une stabilité politique et une solidité de relations internes et externes suffisantes. Sur les plans intellectuels et psychiques cela signifie des connaissances suffisamment stables et «vraies», c.à.d. la présence d’une herméneutique heuristique. Une fois en possession de ces savoirs et connaissances stables et vraies, on s'applique sans arrêt à une croissance toujours s'intensifiant de spécialisations et de spécialismes, donc de plus en plus d'inventions et de découvertes d'autres savoirs et connaissances encore, servant à la conquête d'une identité facilitant encore mieux l'accès aux richesses et à la survie. ..... (sera continué) © Copyright 2001
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